Luc Georges est né le 31 octobre 1920. Il grandit dans une famille catholique entre Mana et saut Frakas, entouré de 2 frères et d’une sœur. S’il n’a pas la chance d’être scolarisé, il parvient tout de même à suivre quelques cours particuliers. Sa mère tombe malade et Luc assume désormais une grande partie des responsabilités du foyer. D’ores et déjà, il fait preuve de courage et de dévouement.

Au décès de sa mère, il part faire ses armes à la caserne Loubère de Cayenne. Refusant d’épouser la carrière militaire, il rentre à Mana en 1952, où il passe le reste de sa vie. Ses amis le définissent comme un homme aimable, sage et de bon conseil. Figure rassurante, il épouse en 1946 Laurencia Louise Rodette. Cette femme lui donne 14 enfants, dont une majorité de filles. Tous ensembles, ils fondent une grande famille qui à ce jour compte 56 enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants, repartis en Guyane et en France métropolitaine. Luc Georges est un père sévère et un mari dévoué à sa famille. Ses enfants nous rapportent son exigence bienveillante : « Mon père a été strict avec nous mais c’était pour notre bien, il voulait nous faire comprendre l’importance de la rigueur pour réussir dans la vie » témoigne sa fille Odilia, chargée de l’action sociale à Mana. Pour s’évader de ses obligations familiales, Luc Georges aime retrouver ses amis sur les bords de la Mana pour partager des parties de dominos. Odilia se rappelle avec émotions les délicieux biscuits qu’il ramène à ses enfants les soirs de victoire.

Ces partenaires se rappellent de son courage et de son habilité dans les travaux manuels. Par soucis de perpétuer la tradition et de créer une ombre bienfaisante, il aime fabriquer des katoury, les célèbres chapeaux créoles. Afin de  subvenir aux besoins de son foyer, il exerce plusieurs activités. Orpailleur, il franchit les 99 sauts de la Mana pour participer à la ruée vers l’or. Bûcheron, il œuvre dans l’usine de bois de Césaire et Djada. Docker, il charge le bois sur les bateaux en partance pour le Guyana. Menuisier et charpentier, il construit la maison familiale que l’on peut encore apprécier à quelques pas de la Maison Familiale Rurale.

Si son parcours témoigne d’une véritable polyvalence, son activité principale reste l’agriculture. En 1958, il s’installe enfin sur une exploitation située à 6km de Mana, sur l’actuel emplacement de la MFR. Il a participé, avec l’aide de nombreux hommes de la commune, à la construction du CD8 dans les années 50. Cette nouvelle voie lui permet de diversifier sa culture vivrière. Amateur de couac et transformateur ingénieux, il confectionne sa presse à manioc et sa grageuse pour remplacer les traditionnelles râpes et couleuvres.

Luc Georges meurt de vieillesse à l’âge de 85 ans, à l’hôpital de Cayenne. Sa famille rapporte avec fierté le parcours de cet homme courageux. Sa vie témoigne d’une grande force physique et mentale. Il a toujours œuvré pour le bien de sa famille et de sa communauté. Toutes ces raisons justifient le choix d’Adolphe Achille. En effet, en donnant son nom à la première MFR de l’ouest guyanais, M. Achille rend hommage à la mémoire d’un travailleur émérite. Par cet acte symbolique, il donne un modèle solide pour les futures générations d’agriculteurs.

Texte écrit par les élèves de Terminale Bac Pro CGEA Promotion 2017/2018 sous la Direction de leur monitrice Madame Frédérique JOUET